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  (Jalel el Gharbi)

 

 

       

Lettre de Tunis de Jalel Gharbi datée de Février 2003

       

Cher poète,
Voici ce qu'une première lecture de votre recueil «Promesse d'amande suivi de Flûte de Feu» m'inspire :

Qu'est-ce qui nourrit le désir ? - Le désir. Celui d'étendre ses territoires aux dimensions du monde. Le monde érotique rejaillit en érotique du monde. Il y a de l'amour, pour tout. Et les dichotomies de l'histoire s'en trouvent pacifiées. Dès lors les atlas sont à refaire. La Mer Noire sera celle du désir et la Mer Egée, celle de " tous les périls ".
De quoi se nourrit le désir ? - De ces métaphores qui donnent au corps des correspondants végétaux. Le désir est iconophage. Mais il a surtout une nette prédilection à s'approprier les images lointaines : celle d'un colibri, celle de l'oiseau Roc. Il se constitue ainsi en territoire.
C'est le pays des hanches où, comme dans un poème, rien n'est déhanché.
Ici, le désir ne court pas à sa perte. Il n'est pas suicidaire. Il sait se maintenir à la cime de la contemplation en faisant de la femme callipyge épiphanie d'une œuvre de Praxitèle, relecture d'un passage des Mille et Une Nuits ou écho de Mozart. Le désir se nourrit d'images synesthésiques, celles qui convoquent tous les sens pour les confondre. Les sens, cela a un sens, cela est sens. Tel est la votre recueil«Promesse d'amande suivi de Flûte de feu».
Que cherche le désir s'alliant à tous les arts? L'Un, l'Unique. La femme. Une image de femme, tellement femme qu'elle est disséminée partout.
Si peu femme qu'elle est protéiforme. Femme. Sans déterminant, comme devrait l'être le monde.

       

 

       

Préface de Jalel el Gharbi à Cœur de cinabre.

       

Or le désir se trouve ici âprement pourvu d'images. Le fini du plaisir est chargé de signifier l'infini du désir, du désir d'être. Où est le monde? Et où (en) sommes-nous? Dans les sphères de la beauté charnelle. Il y a du sublime dans le corps aspirant à l'autre corps et cela charrie les villes antiques, les encens de l'Orient, les arbres de la Méditerranée, le lapidaire du monde entier et le poème. Cela qui œuvre en nous est épiphanie du divin. Divines nos amours et divine la communion du corps. Le séraphique voisine avec le substantiel, fraternise avec lui et lui emprunte ses traits. Dès lors, le ciel est à portée de main: il est au creux des reins de l'autre allégorisant l'infiniment beau. Telle est la leçon de ces odes au corps, de ses ballades de l'amour et de cet hymne au charnel, ce par quoi la transcendance se livre et cela invite à toutes les récidives: le monde est à relire, les livres à arpenter de nouveau et le sourire de l'autre à savourer encore. Tels sont les dits de Théo Crassas.

       

Tunis, le 4 Janvier 2005

Jalel El Gharbi