La Sonate d’Amour


La richesse
et la suavité de ta chair
est celle
de la Danse idéale
des émeraudes
ou du rire de la mer
aux moutonnements princiers,
ou des lacs
bercés de cocotiers auroraux,
ou des rivières turques
aux mille méandres,
ou des cataractes majestueuses
d’Amérique,
ou de la source aux Amazones,
ou des ondées vernales,
ou du corps des nuages,
ou de la neige des montagnes,
ou de l’azur céleste,
ou du feu solaire,
ou du nectar du crépuscule,
ou de la lumière lunaire
ou des planètes de la chaleur,
ou des perles de Vénus,
ou de l’Essence
des nuits étoilées
de Grenade,
ou de la Substance
des comètes fulgurantes,
ou des cratères des volcans,
ou des collines d’Athènes,
ou des prairies édéniques
Kenyanes,
ou des côtes malabaraises,
ou des plantations de cacao
africaines,
ou du Delta du Nil,
ce don cher
du dieu de l’abondance,
ou de la vallée d’Alphée,
piquée en son milieu
de la splendeur d’Olympie,
ou des moissons d’or
de Russie,
ou des jardins
de l’Arabie heureuse,
ou des vergers de Perse,
ou de la cannelle abyssinienne,
ou de l’arôme des jasmins,
ou du parfum
de la belle-de-nuit,
ou des brises de roses,
ou du chant des rossignols,
ou des yeux fascinants
des cerises,
ou de la musique du bonheur,
ou des voix douces
des Houris,
ou de la volupté
des Luths,
ou des tentes
des Emirs,
ou des bassins de marbre,
ou des temples d’ivoire,
ou des coupoles
de Constantinople,
ou des voûtes d’onyx,
ou des cloches de bronze
appelant les Amants
à la bataille des sens,
ou des terrasses
de Babylone
ou d’Alep, de Damas
et du Bagdad
d’Haroun-al-Rachid,
ou des noires tavernes
andalouses
aux mille chants d’orgies,
ou des larmes
des candélabres,
ou de la pierre
des Palais,
ou des déchirures
d’agate,
ou des puits de miel,
ou des gorges de grenades
ou des crevasses
de framboises,
ou des trous de griottes,
ou des ravins de velours,
ou des blocs
d’aimants,
ou des ombrages
d’orangeraies
ou du tronc béni
des Oliviers,
ou de l’humus royal,
ou de la glaise
des Potiers,
ces pétrisseurs de formes
hégémoniques,
ou du bois
des Violons,
ou des dattiers
du Paradis,
ou de la poudre
de sucre blanc,
ou des gâteaux
de haschich
ou de la fumée
d’Opium
aux mille et un
Voyages,
ou des grains
de café,
ou des fleurs
du Sang,
ou du cœur
des amandiers de Janvier,
ou du fer liquide,
ou des vertes Oasis
aux mille dédales
de palmes,
ou de la face
des nymphes,
ou de la tête de biche,
ou du ventre
des chats angoras,
ou des cuisses
de puma,
ou des pattes de tigre,
ou de la fourrure
des Zibelines,
ou de la queue
des paons bleus,
ou de la croupe harmonieuse
des blanches juments,
ou de la crinière
des pouliches,
ou des seins
des pastourelles
éprises de Krishna,
ou de l’Âme souple
des Elus,
ou des cotonneraies
de l’Esprit
ou de l’ivresse
des Anges,
ou de l’encens
de la Pénombre,
ou de l’atmosphère
des bains de Pompéi,
ou des tapis ronds
de l’Amour,
ou des caresses
des harems du Rêve,
ou des songes bruns
des esclaves maures,
ou du front
des Lévriers ou du dos des zèbres,
ou de la peau
des Antilopes,
ou des Ailes
d’aigrette,
ou des plumes de faisan,
ou du vol pathétique
des colibris,
ou des saules délicats,
ou des jarres crétoises,
ou des Sultanes
du Désir,
ou des Etendards
du Prophète,
ou du bouquet
du vin de Malvoisie!


Tu es à l’image
d’une tasse d’eau fraîche!
Tu es à l’image
de la Terre magique,
remplie comme une Urne,
de la Liqueur d’Eros,
couleur de rubis!
Des rossignols y chantent
les baisers des faucons!


LA GRANDE DEESSE

RECUEIL INEDIT. DU 12 OCTOBRE 1996 AU 11 JANVIER 1997