À la Voluptueuse


Quand tu te meus avec souplesse
et agilité,
toutes ailes triomphales déployées,
toutes poupes royales au zéphyr exposées,
c’est un entrechoc de centaines
de soleils éblouissants
jusqu’à l’épuisement,
le déchirement,
l’éclatement,
le dévoilement,
le dépouillement!


Dans cette vision unique
que secrète seule
ta chair chatoyante,
la volupté l’emporte de loin
sur l’ivresse,
l’ivresse sur l’allégresse,
la luxuriance sur la modestie,
la beauté sur l’émotion!


Et c’est alors,
de par ta motion,
qu’émerge la voie de l’amour
menant à la grande déesse
du Ciel,
à travers les fleurs de l’élan
auroral,
les arbres théophaniques,
les vigneraies de pierres précieuses
luisantes,
les sources d’émeraudes,
les choeurs de nymphes fraîches
aux yeux fervents de gazelle,
d’encens ou de diamant
et de satyres vifs,
armés de flèches amoureuses
redoutables,
les mers étales,
comme figées,
où les nuées qui s’y reflètent
semblent des châteaux omnipotents,
les festons de colombes
en tout sens parcourant
l’azur,
les arcs-en-ciel miraculeux
comme des victoires romaines!


C’est que tu es un pont solitaire
jeté comme un cheval d’émail
sur les deux rives
si éloignées,
si opposées
et si abruptes
de la Terre
et du Ciel,
de la discorde
et de l’amitié,
de la dispersion
et de l’union!


C’est que tu es
la douce hirondelle
messagère de la divine
félicité,
la riche Vierge suave
de la Révélation!


PRUNELLES MARINES

EDITIONS ENCRES VIVES-COLL. LIEUX. MARS 1999