Lettre à la plus Noble des Beautés


Madame,
je vous supplie et requiers
qu’il vous plaise d’écouter
ces quelques réflexions
venues de mon esprit
comme le miel vient du thym,
comme les parfums viennent de l’air,
comme l’eau vient des rivières
et le sang de notre coeur
et comme, enfin, les colombes
viennent des cieux!


Car se sont là des réflexions
qui vous concernent
et me concernent
au plus haut point!


Or, sachez, ô toute noble dame,
oui, sachez que longtemps
j’ai voyagé par le monde
dans le but avoué
de voir les belles dames et damoiselles
et d’acquérir de l’honneur
et de la valeur!


Ce but mien est désormais atteint!
Car depuis que je vous ai vue,
je n’ai plus d’autre plaisir,
ni d’autre espérance
qu’en vous et qu’en votre gracieuseté
et qu’en votre beauté
qui est unique
en ce monde qui n’appartient
qu’au royaume des nues et des songes,
tant il pèche par vanité!


Cela est d’autant plus vrai
que cette douceur des manières,
cette égalité d’humeur
et cette valeur votre,
vous ont été accordées
dès votre plus jeune âge,
avant que la maturité
ne vienne durcir vos traits
et amoindrir l’éclat de votre regard
qui est aussi suave
que la soie apportée en nos contrées
de la Chine mystérieuse
ou que l’essence de santal,
venue, elle, de l’Inde maternelle!


Puisque mon désir
d’acquérir de la valeur personnelle
a été comblé,
et puisqu’il en va de même
pour vous, de votre propre aveu,
vite, qu’une calèche nous emporte
au pays où l’honneur
et la plaisance
jouissent de l’estime générale!


CHEVALIERS DU SOLEIL

RECUEIL INEDIT. DU 10 AU 19 JUILLET 2007