À la Nouvelle Lucrèce Borgia


Ô ma belle, ma bonne houri,
tu es à moi ce que fut Giulia Bella
au pape Alexandre VI Borgia
ou la célèbre Lucrèce Borgia
à César Borgia, son frère
et prince fameux de la Renaissance,
ou, enfin, Madame de Montespan
à Louis le Grand!


Or, si ces comparaisons
sont utiles à mon discours,
c’est que tu n’es guère à mes yeux
un péché mortel,
ni même une peccadille ou un vice,
ni même une passion
ou un rite comme le combat des taureaux,
mais mon immense amour,
l’immarcescible, l’inextinguible
flamme de mon âme
en laquelle, comme en toute âme,
gisent toutes les divinités
et le cosmos avec ses sphères
de basalte ou de glace
qui tournent autour de centaines,
de milliers de soleils!


De tes parties immatérielles,
celle que je préfère,
c’est ta psyché
dont la grandeur
m’autorise à respirer sur la terre
qui autrement serait inhabitable,
voire depuis longtemps inhabitée,
comme le désert occidental en Egypte
et le désert du Sahara
où s’épuisent les chameliers
et leurs montures!


De tes parties visibles,
à savoir de ton corps physique,
celles sur lesquelles
j’ai les regards fixés,
ce sont tes prunelles de sombre velours
où siège ton coeur,
ta chevelure châtaine foncée
qui est ton pays profond
et ta hanche semblable aux grandes orgues
de Saint-Jean-de-Latran,
soutenues par deux colonnes
d’un jaune antique,
tes cuisses de Madone
en marbre de Bithynie!


Et voilà pourquoi, à l’instinct de mort
qui conduit nos contemporains
au suicide certain,
moi j’oppose la volonté de vie,
ta volonté, ô superbe,
ô céleste Bien-Aimée
qui me guides sur le chemin montant
que tôt ou tard,
tout savant et tout artiste
emprunteront pour leur plus grand bonheur
et la victoire de l’espèce humaine!


PORTE DE CINNAMOME

RECUEIL INEDIT. DU 17 AU 24 AOUT 2007