À Une Chinoise


Le doux soleil de Septembre
me fait penser à toi
et à ton corps doux comme le miel,
sucré ainsi qu’un grain de raisin de Corinthe,
savant dans les caresses,
incontinent dans ses rêves
et si mesuré dans les ébats!


Oui, tu es l’image même
de la femme taoïste,
oui, de la Chinoise d’antan,
de la Chinoise du bon vieux temps
où l’on s’aimait mieux
et plus longtemps,
car on était à la fois modéré
et très voluptueux!


C’est qu’on suivait en amour
la Voie du Milieu,
le chemin médian,
ni trop étroit, ni trop large,
ni trop escarpé, ni trop plat!


En effet, en ce temps là,
on se contentait en toutes choses
du juste milieu:
on n’était ni loup
ni agneau,
ni bête de proie,
ni moineau,
mais les deux à la fois!


On n’était ni dévorant
ni dévoré,
voilà pourquoi on occupait
le centre de la pensée,
le centre des choses,
le milieu de la vie!


En se comportant de la sorte,
on devenait plus sapient,
car on savait que la vraie sapience
peut en certaines occasions
se passer de la tempérance elle-même:
c’est une sagesse qui reconnaît
l’importance de la folie,
si par folie on entend la folie amoureuse!


Ô Europe, toi qui, étant encore une Nymphe,
te donnas à Zeus
transfiguré en un aimable taureau blanc,
sous un beau platane
qui ne devait plus perdre de feuilles,
si, devenue un continent,
tu avais connu les préceptes,
les doctrines des grands esprits de Chine,
tu te serais épargnée
tant de désastres!


C’est que tu as toujours oscillé
entre les extrêmes:
extrême tempérance
voisinant avec l’oppression morale
ou licence
vite frisant la débauche
la plus absolue!


Voilà pourquoi, ô Europe,
tes peuples ont toujours rêvé
de la Chine lointaine,
y voyant leur contraire,
mais un contraire aimable
et lénifiant
qui, plutôt qu’à la haine mutuelle,
invite à l’amitié,
conséquence de la paix!


Et certes, il ne faut pas voir
dans l’aurea mediocritas
d’un Horace, si proche des penseurs chinois,
quelque lâche idéal,
mais un choix existentiel
qui n’est autre que celui du philosophe
qui ne pèche ni par un excès de richesses
entraînant une monstrueuse
et, oh combien, grotesque vanité,
ni par un excès de mortifications
dans une extrême pauvreté
entraînant la démence!


Voilà comment, par une claire
matinée de Septembre
où il faisait un temps de miel,
j’ai été amené à faire
ces pensées ailées
ainsi qu’une fin d’été
en Attique!


LES MANDARINS DE LA LUNE

RECUEIL INEDIT. DU 17 AU 23 SEPTEMBRE 2007