Sakountala


Ô astre de mes nuits
et soleil de mes aurores,
rien ni personne ne pourra
arracher à mon coeur
ma mémoire,
oui, ma souvenance de toi,
pas même le vent qui souffle
sur l’Himalaya
et qui arrache à cette vénérable montagne
les tiges de santal!


Ô toi qui es plus frêle
qu’une tige de santal,
comment pourrais-je oublier
celle qui, avant de satisfaire
sa propre soif,
prenait soin d’arroser
les plantes altérées
et qui s’interdisait de cueillir
les fleurs du jardin,
de peur de les outrager
en attentant à leur vie?


Oui, comment pourrais-je songer
à me détacher de celle
qui adressait des actions de grâces
au printemps, quand celui-ci
transformait la forêt
en un écrin de pierreries?


Non, je ne puis
me permettre d’oublier
celle dont la peau
avait l’éclat du lotus,
celle qui fut la mer orientale
d’où est né le soleil de ma vie
ainsi qu’un fils d’elle!


Ô Déesses en qui je crois
comme en ma mère
ou en mon étoile,
faites en sorte que je sois
pour ma Bien-Aimée
l’ombre d’un figuier
qui l’abritera du soleil cruel,
lorsqu’elle cheminera
dans le désert de l’existence!


Ô douce brise de terre,
apporte des vergers de l’intérieur
la rosée,
afin de la répandre
autour d’elle
le jour où elle souffrira le plus
de la soif!


Ô hirondelles du pays tamoul,
construisez vos nids
sur le toit de sa demeure
afin que votre présence
garde vivante l’amitié
de ma Bien-Aimée
à mon égard!


TIGE DE SANTAL

RECUEIL INEDIT. DU 31 JANVIER AU 6 FEVRIER 2008