Vincent D'Arles


Ô Arles, Vénus de la Beauté,
Isis de la Souveraineté,
de tous tes pores
tu irradies la gloire de Vincent
ton Vincent,
ce prêtre de Cybèle
et martyr d'Atys -Christ
réincarnation de Saint -Vincent
de Lisbonne,
qui entre tes murs
avec une abnégation intégrale,
supporta la joie extrême
et la douleur amère
de l'enfantement du Soleil,
ce Soleil que le Japon
lance vers la Provence
comme un cerf -volant
géant!


Tu fulgurais dans son coeur,
ce roi du Nord,
de tes midis
d'Absolu
et comme une déesse
tu te saisissais de son Esprit
pour le guider vers le lieu
où retentissent les trompettes
de la félicité
et où le ciel
se déchire par une paume
d'ange!


Tes blés de la Saint Jean
emplissaient de leur maturité
les circonvolutions de son cerveau,
y engendrant la Soleil
qui illuminait ses yeux
extasiés!
Et tes moissonneurs
se reposaient en lui
de leur labeur
par un somme merveilleux
que visitait Cérès,
porteuse des fruits de l'homme,
vêtue de ta robe
quasi -espagnole!
Toute la récolte
résonnait en lui
et le nourrissait comme une musique
totale!


Et il peignait,
car il était peintre
du Zénith,
le mythe des dieux
comme une enluminure
de topazes et d'or,
recomposant ainsi
la Révélation!


Comme un grand chaman,
comme un nouvel Hercule,
il fut de bonne heure
frappé par les Furies!
Et le bruit de sa folie
longea comme une cavale rapide
le Rhône
et bientôt atteignit
la Mer!


Ce qui, en d'autres temps,
eût été le Mystère même
de la Connaissance,
en ce siècle irrespectueux
où Vincent vivait
devint un Scandale!


Ô Arélaté,
ô Ville d'Arès
t'élançant vers l'azur,
sans doute,
en d'autres temps,
des temps d'harmonie,
cet homme insigne,
ce héros illustre
dormirait éternellement,
après sa mort
dans tes Alycamps
comme le plus fameux
de tes enfants!


OMBRELLES D’INFANTE

EDITIONS ENCRES VIVES. FEVRIER 2000