Haleine de Pin


L’estivale ampleur de tes flancs
fait jaillir en moi
un désir pour ton corps si bon,
si onctueux,
oui, il suscite en moi
un désir large et safrané
comme le Pactole
et impétueux comme l’Hermos,
cet audacieux fleuve de Lydie,
ou comme les sources multiples
du Sangarios,
ce grand fleuve de Phrygie!


Or, le fauve domaine de ta croupe
où se dénudent les brunes cigales
au cri joyeux et vif
m’enseigne par sa puissance
la douceur de la clémence,
l’utilité de la bénignité
et la valeur de la contemplation,
prix d’une élévation constante
à travers les espaces sidéraux
jusqu’à la victoire finale!


De ce balcon qui domine
le golfe d’Eubée,
je vois se dessiner dans l’onde glauque
l’indescriptible beauté de ta hanche
large comme deux fois l’Euripe,
cet Euripe au courant
fort et juvénile
comme le cours d’une rivière
aux cascades bondissantes!


Et les vaguelettes qui se brisent
sur le quai de ce port aonien
me font entrevoir
l’importance de ton corps
plus vaste que les montagnes
de l’île d’Eubée
qu’on dirait dessinées
par le calame d’un dieu,
et plus grand que le ciel méditerranéen
lui-même,
et sous lequel je respire
cette brise divine
qui me suggère ton baiser
plus parfumé que l’haleine
d’un pin parasol!


CIGALES D'OR

RECUEIL INEDIT. DU 08 AU 15 JUILLET 2008