Ode à la Nuit Etoilée


Madame, vos beaux bras,
vos ronds bras
que vous posez sur vos draps
avec un tel abandon
en votre native naïveté,
sont plus blancs
que le linge le plus blanc,
le plus immaculé,
le linge de vos dessous de dentelle
comme celui de votre lit de vierge
où mille rossignols chantent
mille chansons apolloniennes,
cependant qu'Ariane
pose sur votre tête
la guirlande des étoiles de la nuit
et que Bacchus murmure
dans votre petite oreille,
si tendre au toucher,
Son désir de votre chair
si douce, si suave,
si parfumée
que les fleurs de citronnier elles-mêmes
pâlissent, comparées
à votre corps
naturellement embaumé!


Comme votre haleine
parfumée au mastic,
quand le sommeil vous retient
dans son empire,
s'entend à peine,
moins bruyante que le musc de la rose,
que l'ardeur du soleil de Septembre,
que les Muses sur l'Hélicon,
que les Grâces
au service d'Aphrodite
à Chypre,
que les Naïades
dans l'eau de l'Hippocrène,
que les Océanides
dans le sel de l'océan occidental!


Et moi,
agenouillé devant votre couche,
comme un dévot
devant l'icône de Marie,
de tourner avec chaleur et espérance
les yeux vers vos prunelles brunes
que le sommeil jalousement
garde fermées,
malgré mon souci galant
et mon inquiétude folle
causés par ma frénésie
à vous aimer
et à couvrir de baisers votre gorge
sous la bonne dentelle,
à vous qui êtes ma nuit étoilée
et ma ronde lune!


LA DANSE DE LA LUNE

RECUEIL INEDIT. OCTOBRE 2006