La Rose Nouvelle


Ô toi à qui je suis attaché
par tes tresses noires,
tu es plus belle, plus pourpre
et plus odorante que toutes les roses
que je respirai dans ma jeunesse!


Mais prends garde,
il n'est de rose au rosier
qui ne meure effeuillée!


Sache que ta rose de Mai
ne durera pas toute la vie,
et j'ai moi-même vu
tant de rosiers dans mon jardin
qui aujourd'hui ne sont
que couronnes d'épines lamentables!


Ne dédaigne point les jeunes gens
qui, en tremblant, t'offrent leurs baisers
ou leurs galants services,
car au soir de ta vie,
tu regretteras amèrement tes dédains!


Oui, tu regretteras alors
de ne pas avoir donné à boire
aux altérés d'amour,
tant qu'il était encore temps,
oui, tant que l'eau de ta fontaine
était pure
et que ton visage était de neige
et que la neige elle-même,
celle qui vient du ciel,
n'osait s'y arrêter!
Car, comment la neige s'ajouterait-elle
à la neige?


Non, n'agis pas envers ton amant
comme certaine beauté brune
agissait envers moi
dans ma jeunesse!
Certes, aujourd'hui, je songe à elle
avec grande joie,
mais, à l'époque, l'asphalte même de la rue,
où elle habitait,
avait pitié de mes larmes
et de mes cris d'égaré,
devenu fou à cause des blessures reçues
de cette brune Espagnole
et qui ne cicatrisèrent que longtemps après
ces années passionnées!


Oui, j'étais à ce point insensé,
que je désirais être le tombeau
qui recevrait son corps,
quand elle mourrait,
afin de la tenir dans mes bras,
éternellement!


Ô toi que lorsque je te vois
apparaître au loin dans la rue,
je retrouve la force, la jeunesse
et la santé
que j'avais perdues pendant toute une vie,
oui, toi qui aujourd'hui es
ma fleur de menthe
et mon romarin embaumés,
détourne-toi de la cruauté gratuite
qui, après tout, est une chose fort comique
par la fatuité
ou la vanité dont elle témoigne,
sinon malséante et malhonnête!


Par les brunes ivrognesses de Juillet,
brunes comme la Croix de Notre Seigneur,
oui, par les brunes cigales,
je jure n'avoir jamais contemplé
une roseraie aussi belle
que la roseraie de ton ventre
couronné du patio de ton pubis!


Par cette suave chaleur qui m'accable
et que pourtant j'aime à la folie,
je te conjure de renoncer aux jeux cruels
des brunes du temps passé
qui allaient balançant victorieusement
leurs langoureuses croupes,
tout en écrasant les feuilles craquantes
sous leurs bottines menues
et se riant insouciamment
de l'amour des poètes et des gitans!


FEU DE JUILLET

RECUEIL INEDIT. DU 17 AU 22 JUILLET 2010