La Dame de l'Été


Tu es née un jour de Septembre
où le soleil fut humilié,
car avec toi, un soleil est né,
plus splendide que lui,
un véritable soleil de Juillet
en plein automne,
en pleines vendanges!


À peine née,
tu riais déjà,
et à chaque fois que tu riais, ta bouche de bébé
s'emplissait de roses et de jasmins,
et aussi de lauriers blancs!


Tu n'étais encore qu'une adolescente,
lorsque le petit peuple andalou
appela ton visage Sierra Morena
et tes yeux, des bandits,
de ces bandits qui infestent
la montagne en question,
qu'une fois franchie,
on arrive en Andalousie!


Un seul regard de toi
tue,
tout en sauvant l'âme
des hommes tombés sous les balles
de tes yeux
et qui vont tout droit au Paradis,
au milieu des anges et des séraphins,
et près de Dieu!


Ton haleine de joyeuse,
de sémillante jouvencelle,
fleure le petit citron de Malaga,
preuve, s'il en est,
qu'un citronnier en fleur
est dans ta poitrine,
du côté du coeur,
ce verger méridional,
origine et épicentre de tous les arômes
de fruits et de fleurs!


Regarde ces blanche colombes,
comme elles ouvrent les ailes
de leurs poitrines,
sans s'envoler:
avec un petit poignard
ouvre ma poitrine,
tu y trouveras ton fidèle portrait
que j'ai peint avec mon sang,
ô plus belle que les angelettes
et que les Muses,
celles même qui me font chanter,
à chaque fois qu'une goutte de miel
déborde du vase de mon coeur!


Depuis ta naissance,
ô femme de mon âme,
oui, depuis que tu es née,
j'erre par monts et par vaux
à ta recherche!


Et si je suis devenu marchand de quatre-saisons,
oui, si je suis devenu marchand de fruits,
c'est afin de m'enivrer chaque jour
des pastèques de ta croupe
et des oranges de Valence de ton sein!


Car je finis par te rencontrer,
mais hors d'Andalousie,
sur une terre étrangère, bien qu'ensoleillée!


Or, lorsque je fis ta connaissance,
tu te déclarais Mexicaine,
mais moi je sus déceler
dans tes noires prunelles
la sombre flamme de l'Espagne
et dans ta chevelure châtaine,
le firmament familier d'Andalousie!


Ô toi, grâce à qui
je puis aujourd'hui
élever des hymens d'amour,
tu voulus aussi m'apprendre à t'oublier,
toi, ma seule, ma première amour!


Mais tu n'y arrivas point,
car je ne retins pas la leçon
et aujourd'hui je me souviens de toi,
comme si je t'avais parlé la veille,
après tant d'années passées
très loin de toi,
tant et si bien que j'ignore même
si tu es encore vivante!


Ah! Comme aujourd'hui encore,
je suis altéré de l'eau chaste
de ta jeunesse en allée,
oui, de cette eau pure
que même les ardeurs de Juillet
ne parvenaient pas à réchauffer,
tant elle était fraîche,
voire glacée,
comme l'eau d'une source
de la Sierra Nevada!


Du fond du silence de l'été,
je t'appelle,
ô toi qui fus mon seul été!


LA DAME DE L'ETE

RECUEIL INEDIT. DU 23 AU 28 JUILET 2010