Cri de Cigale


Je suis accablé par le nombre incalculable
des années accumulées
depuis la naissance de mon premier amour,
qui fut aussi le dernier!


Pour calmer mon coeur,
je me promène sur le rivage,
où seule l'écume des vagues
est porteuse d'espoir!


Car, comment la mer pourra-t-elle,
à elle seule,
me consoler de mon amour défunt?
Et comment la contemplation de la mer
pourrait-elle faire contrepoids
à l'ardent désir que je ressens
au passage des jeunes beautés,
identiques en apparence
à mon aimée de jadis,
sauf pour le regard,
ce regard triomphant
d'oiseau de proie
qui semblait dire:
"Toi, le soleil, prosterne-toi
à mes pieds,
toi, la lune, sois
ma dame de compagnie
et vous, les étoiles,
éloignez-vous
pour que je puisse fulgurer
dans le ciel,
comme un astre majeur!"


Ô mon amante de naguère,
de même qu'un éclair fugitif
est capable d'illuminer
toute la campagne,
de même, ton court passage
dans ma vie obscure
continue encore à illuminer mon âme,
quarante années après!


Certes, le printemps va revenir,
oui, le printemps où je me renouvellerai,
à l'image de la Nature,
en m'exerçant à la composition d'hymnes!
Mais mon corps, lui, aura vieilli
d'une année supplémentaire!


Voilà pourquoi,
je m'afflige,
et de la fuite du temps,
et de la perte de l'amour,
le Bien Suprême!


Rien qu'à l'effrayante pensée
qu'au prochain été,
je n'aurai encore personne
avec qui deviser du chant des cigales,
je suis inconsolable!


Car je fais déjà,
aux yeux des jeunes,
partie des anciens du village!
Or, qui voudrait s'entretenir,
avec un ancien,
sur un sujet aussi futile
que le cri d'un insecte?


LES OIES SAUVAGES DE L'INFORTUNE

RECUEIL INEDIT. DU 02 AU 08 NOVEMBRE 2010