Éloge de la Femme Nippone


Je louerai ici ta croupe,
pareille à la sainte montagne
que les Nippons les plus pieux
appellent Mani,
ton fondement où tout est pur
et qui est semblable à une rivière
de joyaux éblouissants,
ta vulve qui est ton Grand Mystère
et dont la porte d'entrée
est commandée par ton coeur,
tes yeux d'oiseau,
tes sourcils semblables à
deux plumes de corbeau,
tes oreilles fines
comme des ailes de papillon
ou comme des pétales de chrysanthème,
ton nez pareil à une stèle
taillée dans le roc
et où sont gravés les hauts faits
des Ancêtres du peuple japonais,
ta chevelure haute comme le Fuji,
mais sombre comme le musc,
tes lèvres écarlates
comme le sang d'une jeune truie,
ta nuque tendre de levrette,
ton cou d'ivoire frais,
tes seins nacrés,
tes cuisses semblables
à un autel de marbre
où l'on fait les offrandes les plus généreuses
et où se fait sentir l'odeur du santal indien,
tes jambes de cristal
et, enfin, ton ventre qui recèle dans ses profondeurs
la mer céleste de ta matrice!


Si je fais l'éloge de ton corps
beau comme un cerisier en fleur
des montagnes de Yoshino,
c'est afin d'obtenir l'abolition des fautes
commisses dans mes vies antérieures
et afin d'accomplir ma renaissance au Bien,
après des années,
voire des siècles de violence guerrière
et de confinement dans les prisons
des contrées d'Occident
ou dans des monastères
où régnait un ordre impie
et où la nostalgie du corps féminin
était la plus intense
et la plus pénible!


PRUNIERS SAUVAGES

RECUEIL INEDIT. DU 1ER AU 08 MAI 2011