Prunelles Lusitaniennes


Même si je recevais cent coups de poignard
sur les côtes, voire sur le ventre ou la poitrine,
je serais capable de survivre à mes blessures,
mais je pourrais mourir d'un seul de tes regards,
quitte à renaître par la suite,
transformé, transfiguré, métamorphosé
en pèlerin aux Lieux Saints de l'Amour
que sont tes cheveux, tes seins,
tes fesses, tes cuisses
et surtout tes yeux,
plus noirs qu'un corbeau ou que la nuit!


Or, je reproche à Satan
d'avoir fait naître dans mon coeur
une si grande amour,
oui, une amour si grande pour toi
que je ne puis t'oublier!
En effet, comment oublier ces prunelles
de velours noir lusitanien
et cette croupe plus fastueuse et plus fraîche
que les jardins de l'Algarve?


Ah! Si j'avais placé en Dieu
une amour aussi fidèle et aussi constante
qu'en toi,
j'aurais gagné une place au paradis
et, au lieu d'être pilier de taverne,
je serais maintenant pilier d'église
et je jouirais d'une excellente réputation
auprès des belles et charitables dames de Lisbonne!


Ah! Si je savais que, dans le cas
où je périrais de mort violente,
mon nom serait prononcé par tes lèvres,
vers lesquelles monte l'encens de mon âme,
oui, si je savais qu'en cas de mort violente,
tu prononcerais, enfin, mon nom,
je me ferais tuer, rien que pour un instant
d'attention de ta part,
d'attention à mon sort!


Or, que tu sois absente ou présente,
il n'est aucun remède pour moi
au mal d'amour dont je souffre:
quand tu es loin de moi,
je me meurs de nostalgie,
penché sur les parapets de Guimaraes,
et quand tu reviens des colonies,
tu me tues de volupté, à force de me regarder
et de te balancer!


A L'OMBRE DE LA MADONE DE COIMBRA

RECUEIL INEDIT. DU 20 AU 29 MARS 2013