Des Fils et des Filles de l'Onde


Des terribles et fécondes amours
de l'Onde et de la Montagne
sont nés les fleuves divins
qui arrosent la Terre
énorme et grasse!


De ces intrépides fleuves,
je nommerai en premier
le suave, le doux Alphée
qui coule à Olympie la Merveilleuse
dans la terre de laquelle
le voyageur se plaît à se rouler
comme le plus heureux des mortels
et le plus privilégié aussi,
celui qui a reçu en apanage
la beauté bien famée,
infâme seulement
aux yeux des malades et des faibles!


À côté du tendre,
de l'unique, du précieux Alphée,
je dois nommer
le beau Ladon,
son affluent,
et le délicieux Eurotas de Sparte,
aux eaux fraîches en été
comme la jeunesse,
où la plus belle des femmes,
Hélène la Laconienne,
aimait à baigner son corps
qu'elle enduisait après
d'huile d'olive!


Après ces fleuves du Péloponnèse,
je nommerai les fleuves
de l'Asie proche
dont le Scamandre sacré,
le fleuve de Troie,
et le grand Sangarios
et le Caystre bénin
et le Méandre au cours sinueux
de jouvencelle riche en courbes,
ces derniers baignant de leurs flots
les cités d'Ionie!


Avec ces bienheureuses rivières,
je dois mentionner
le Pactole de Lydie,
par qui les Dieux firent aux mortels
don de l'Or,
le roi des métaux
dont l'abus s'avérera funeste,
et le Caïque,
qui donna son nom sonore
aux frêles embarcations
qui, de nos jours encore,
sillonnent gaiement la mer Egée
en alertes danseuses,
pareilles à des dauphins
qui seraient blancs!


Après les fleuves asiates,
j'évoquerai les fleuves de l'Hellade,
dont Aliacmon le vigoureux, le fort,
Achelôos aux flots argentés,
et le Pénée de Thessalie
qui forme la plus délicieuse
des vallées de ce monde,
la vallée de Tempé,
et l'Axios qui, tel un pélican,
nourrit de sa propre poitrine
la fertile Macédoine,
et l'Hèbre thrace
où chante encore
avec des accents ineffables
la bouche d'Orphée
dont la tête fut arrachée à son corps
par les impétueuses Ménades!


Parmi les fleuves
dignes d'être invoqués
dans nos oraisons,
je dois citer le saint Istros
aux belles eaux courantes,
mieux connu des modernes
sous le nom de Danube,
et le Tanaïs, celui qui est devenu
la parure sacrée de la sainte Russie
sous le nom de Don!


Mais le plus célèbre
de tous les Dieux-Fleuves
est sans contestation possible
le glorieux Eridan d'Italie,
ce Pô porteur de peupliers,
fameux pour ses tourbillons
et qui offrit aux peuples de la péninsule
l'opulente Lombardie!


Gloire à toutes les rivières,
innombrables de par la vaste Terre,
mariée aux plus larges d'entre elles,
comme le Nil, l'Euphrate
ou le Gange!


Car elles sont l'image même
du sang des Déesses et des Dieux,
des femmes et des hommes,
de ce sang qui coule dans nos veines
comme le fleuve nourricier de notre coeur,
père et mère à la fois
de notre âme et de notre esprit!


Offrons donc des sacrifices
de pain et de vin
à tous les fleuves
et immolons à eux
nos brebis les plus grasses!


Honorons aussi,
en jetant des couronnes de roses et de myrtes
dans le flot salé,
les Douces Océanines,
soeurs de nos rivières
et filles de l'Eau
dont les plus fameuses sont
Europe, Asie,
Uranie à la face belle comme un soleil,
Calypsô, la si désirable
et la si voluptueuse magicienne,
Electre à la chair ambrée
et Styx, mère du Zèle
et de la Victoire!


Du pouvoir et de la force
à nous accordés
par les divines Océanines,
usons avec mesure,
car il ne sied guère,
à nous autres filles et fils de la Glèbe,
de nuire par des actions violentes
aux Divinités bienveillantes,
naturellement portées
à la mansuétude et à la douceur,
ces vertus si bénignes!


DESTINEES DE SANG ET DE PASSION

RECUEIL INEDIT. JUIN 2005