Le Chant De Madjnoun


Je n'en peux plus de ces vases étrangers,
de ces corps hostiles
que j'imagine animés
par le souffle de Leylà,
par son haleine qui est Esprit,
qui est Vie!


Et de rêver que c'est le sang de ses veines
qui fait mouvoir ces hanches
dont je m'enivre,
sans cependant en tomber amoureux!
Car je sais qu'elles n'appartiennent
qu'à des ombres,
si loin de la gloire de ma Bien-Aimée,
la Fille bien adorée
de la chair ressuscitée
d'entre les morts!


Et d'imaginer son coeur
sous ces gorges au galbe
de criques de la Méditerranée,
ou de poitrines blanches
de colombes!


Aucune souffrance n'égale
la douleur du séparé de naissance,
du divorcé d'avec la pleine lune
de l'été arabe!


Rien, cependant, n'a effacé en moi
le souvenir des lèvres
de ma compagne terrestre,
pareilles à des fleurs de grenadier
paradisiaques,
ni l'image de ses bras doux
comme des amandes décortiquées,
ni le regret du sourire de ses yeux,
pareils à des arbres de Judée en fleurs,
plantés dans l'Eden,
au bord de la fraîche rivière
où se baignent les houris,
ces ambassadrices de la Sagesse Sainte!


Et, si je n'ai pas à me plaindre
de cette terre,
dans la poussière de laquelle
gisent tant d'empires
évanouis dans l'oubli,
je m'afflige pourtant
de l'absence de ma compagne
et soeur et mère!


Mais tant que j'aurai conscience de moi-même,
mes chants auront pour sujet unique
le charme ineffable de ma Bien-Aimée,
perdue et cependant vivante!


EBLOUISSEMENTS

RECUEIL INEDIT. AOUT 2004