Maturité


Par ce vent de plus en plus violent,
annonciateur de l'automne,
il me souvient des jours lointains,
marqués de blanc à la craie,
selon l'antique coutume
des Grecs et des Latins,
et où tu étreignais comme un lierre lascif
le platane accablé de soleil
de mon cou
et où tu couvrais d'amour mon coeur
et toute ma poitrine
puissante comme l'île de Crète!


À la saison des amours commençantes
je n'avais pas encore annexé
le chant d'Hellade
aux rythmes de France
et j'étais ignorant des embûches
que je rencontrerais sur mon chemin
et qui devaient me conduire
à des défaites retentissantes
et presque définitives,
comme celle que subirent
Antoine et Cléopâtre à Actium!


Maintenant, alors que je suis déjà parvenu
au douzième lustre de vie,
je sais que ces déconfitures momentanées
étaient provisoires
et ne devaient point interrompre
la marche vers la victoire finale
qui sera pareille au triomphe
de Pétrarque sur le Capitole,
il y a de cela
sept siècles!


Comme Horace quand il avait
dépassé la cinquantaine,
je suis conscient d'avoir accompli
une oeuvre d'airain
par laquelle je ne mourrai pas entièrement,
mais toujours je resterai vert,
porté par les louanges
des générations à venir,
comme par un océan
dont l'eau se renouvellerait sans cesse,
étant éternelle
et entièrement fraîche
à chaque cycle de vie,
marqué par un printemps, par un été,
par un automne et par un hiver!


Ô mon immarcescible amour,
ton battement d'ailes
évoquant un carillon de joie,
prouve que seules parmi les oeuvres
durent celles qui sont pétries
de sang et de désir!


Car un bon pain
réclame toujours
des larmes et de l'amour!


C?UR DE BACCHUS

RECUEIL INEDIT. AOUT 2005