La Royauté sans Ombre


Je suis un Roi
qui repose sur le rivage érythréen
sans escorte ni ombre!
Ne dit-on pas
que l'homme ne projette pas d'ombre
devant ou derrière lui
aux contrées que baigne
la mer Rouge?


Que ferais-je de mon ombre,
puisque je te possède,
ô belle Aimée dont la chair
ne peut se comparer
qu'à la plaine fertile et élevée
d'Andalousie?


Car, comme cette dernière,
tu es richement irriguée
par un sang abondant et sain et pur
et, comme elle, tu produits du blé choisi,
du miel réputé, de la cire, du vin exquis,
des graines d'écarlate
et du cinabre d'un beau rouge
et de la poix!


Et, c'est par cette poix
que j'adhère à ta hanche
dont les harmonieuses proportions
me coupent l'haleine,
car elles sont le symbole même
de la symétrie de l'île d'Ibiza,
l'Ebysos des Grecs!


Oui, la musique de tes flancs
suggère à mon esprit
à l'inlassable curiosité,
non pas le bonheur,
oh combien fugitif,
d'un papillon butinant
les roses de tes lèvres
et de tes ongles,
mais la félicité éternelle
d'un Dieu Immortel!


Sans doute, est-ce là une illusion
très regrettable
et dont je me repentirai!


Mais qui sait? Peut-être y a-t-il
une part de vérité
dans cette hallucination mienne,
car comment expliquer
la singularité, voire la radicalité
que revêt chez nous deux
la passion amoureuse
et la hauteur où celle-ci nous porte,
semblable à l'élévation
des aigles blancs
et des phénix immatériels,
par-dessus les étangs
à l'odeur pestilentielle
où se meut l'humanité ordinaire!


Or, l'amour agit
sur les nerfs de nos cerveaux,
comme le feu de l'âtre
en hiver!


Tout en nous protégeant
des grands frimas de la solitude,
elle nous apporte
la bienheureuse conscience
de la continuité et de la pérennité
dans la volupté partagée,
si lente à venir
et, cependant, si souveraine,
seigneuriale même
quand, enfin, elle arrive,
oui, quand elle arrive,
pour régner sans ombre aucune
et sans nuage aucun
au-dessus de la mer Rouge!


ODES SOLAIRES

RECUEIL INEDIT. DECEMBRE 2005